Dunkerque hotel ville

Roman: Meurtre à Dunkerque "Sous l'oeil de Jean Bart" Chapitre 18 (Roger Constantin & Krystel)

Photo d'illustration:  Hôtel de Ville de Dunkerque.

 

 

Roger Constantin & Krystel

 

Meurtre à Dunkerque

"Sous l’œil de Jean Bart"

 

Résumé

Dunkerque, 27 août 2014, Place Jean Bart.

Yorick Leroy découvre son épouse Eva, morte dans la salle de bains, la veille de leur dixième anniversaire de mariage.

Accident ou suicide?

Persuadé qu'il s'agit d'un crime, le commissaire Magnac ouvre une enquête.  Les mensonges s'accumulent chez les antagonistes.  Yorick mène une double-vie avec Petra son ambitieuse maîtresse.  David son meilleur ami ment aussi.  

Et même la caissière du supermarché!

Mais qu'ont-ils de si important à cacher?

Et si Jean Bart avait tout vu depuis son piédestal?

 

Jean bart 10

Dunkerque : Jean Bart

 

 

Cette oeuvre est une pure fiction.

Toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ou ayant existés ne serait que fortuite et involontaire.

 

 

Chapitre 18

 

Deux heures s’étaient écoulées depuis la fin de l’interrogatoire de David Vermeulen. Justine faisait une balade le long du port de plaisance pour prendre un bol d’air frais. Richard prit le parti d’aller à sa rencontre. Il ne fit pas cent mètres que sa collègue faisait déjà demi-tour. Il s’avança vers elle d’un pas énergique.

—Cela valait bien la peine de venir te retrouver puisque tu rentres ! Ta petite balade est déjà terminée ? Lui demanda Richard.

—Tu parles d’une petite balade ! Râla-t-elle, une mouette m’est passée en rase-motte au-dessus de la tête et a lâché une fiente dans mes cheveux. Regarde... juste là !

Elle lui montra la tâche blanche et gluante collée sur une de ses mèches. Richard éclata de rire.

—Et ça te fait rigoler !

Richard eut l’impression qu’elle allait le mordre, il bafouilla un timide : « Cela porte bonheur ! »

—C’est ça !

Les lèvres pincées de rage et honteuse d’être peinturlurée de fiente, elle accéléra la cadence de son pas. Devançant son supérieur de plusieurs mètres, elle rentra précipitamment dans le commissariat pour filer droit aux lavabos. Elle n’eut guère d’autre choix que de se passer la tête sous le robinet. C’est la chevelure mouillée et décoiffée qu’elle réapparut, quelques minutes plus tard, dans le bureau de Richard. L’espace d’un instant, il l’imagina au sortir de sa douche, fascinante, naturelle, attirante.

—Tu es vraiment craquante comme ça !

—Vas-y, moque-toi de moi ! Si un jour ça t’arrive, je ne me gênerai sûrement pas pour me foutre de toi ! Compte sur moi !

Richard pouffa et se dit qu’elle était encore plus belle en colère. Puis son sérieux professionnel reprit le dessus :

—Martin vient de m’avertir que nos deux lascars sont arrivés. Ils sont bouclés et l'on a pris soin de les tenir à l’écart de David Vermeulen. Yorick Leroy a immédiatement fait valoir son droit à l’appel d’un médecin pour éviter la garde à vue.

—Donc, si je comprends bien, il ne parlera pas pour le moment et si, en plus, le médecin le reconnaît incompatible avec la garde à vue, il va nous filer entre les doigts !

―Ah! Si l’épée de Jean Bart, pointée vers l’appartement des Leroy, avait pu déchirer le rideau, il aurait pu voir, de son œil infaillible, la détresse d’Éva et la sauver des griffes de son assassin ! Comme lorsqu’il tira la France de la famine, en 1694, en récupérant les navires marchands contenant le blé norvégien que Louis XIV avait acheté et que des vaisseaux de guerre hollandais avaient capturés. En ramenant les navires dans les ports français, le cours du boisseau de blé descendit de 30 à 3 livres. Ainsi, Jean Bart sauva la France en lui donnant du pain et il reçut, pour cet exploit, la croix de chevalier de l’Ordre de Saint-Louis des mains du grand Roi Soleil Louis XIV !...

Justine tenta de l’arrêter dans son délire. Pour elle le moment était mal choisi pour un cours d’histoire.

—Euh... Richard, pardon mais... !

Rien à faire. Emballé dans son discours, Richard continua son récit pittoresque :

—... et puis cette évasion de la rade de Plymouth, avec un canot volé, en 1689, au milieu de vingt bâtiments ! Il était accompagné de Claude de Forbin, son capitaine de vaisseau et de deux simples mousses! Lorsqu’on lui demanda : « Où va la chaloupe ? », il répondit, grâce à ses connaissances en anglais, « à la pêche ! ». Ils traversèrent la Manche à la rame en quarante-huit heures et prirent terre dans un village près de Saint-Malo...

—Ohé ? Du bateau ! Cria Justine excédée, je ne t’ai pas demandé une leçon d’histoire ! À t’entendre raconter les exploits de Jean Bart avec autant de ferveur, j’ai l’impression d’avoir le capitaine Haddock devant moi, racontant ceux de son ancêtre contre Rackham Le Rouge. Je te jure Richard, il te manque juste l’épée et le chapeau à plume ! Mais dis-moi, tu parles souvent avec ton pote Jean Bart de ses exploits ?

—Le soir dans mon lit, quand j’ai le temps et que je ne suis pas trop éreinté de mes dures journées, je lis ses aventures. Et puis n’oublie pas que je le croise chaque matin en traversant la Place Jean Bart ! J’ai toujours l’impression, qu’avec son épée, il me fait signe !

Richard afficha un sourire large et franc, fier de pouvoir étaler ses connaissances historiques.

—Ah, sur le coup tu m’as fait peur ! Pendant un moment j’ai cru que tu étais la réincarnation de notre corsaire vénéré. Et si nous revenions à nos moutons, question d’avoir les pieds sur terre !

—Avoue quand même que Jean Bart pointe son épée vers le lieu du crime !

—Richard, tu es un grand rêveur !

—Les grands rêveurs sont de grands romantiques ! Non ?

—Et maintenant si nous posions quelques questions à Yorick Leroy. Qu’en penses-tu mon brave Jean ?

—Entièrement d’accord chère Jacqueline* !

Richard regarda sa montre. Elle pointait déjà 18h30. Il se dit que cette journée serait bien longue, mais il voulait profiter de l’opportunité de la garde à vue du mari de la victime et de sa maîtresse pour leur arracher des renseignements capitaux. Quand Justine, secondée par l’inspecteur Martin, revint en compagnie de Yorick Leroy, on sentit tout de suite un malaise planer dans le bureau. Richard lui sauta à la gorge, sans précaution.

—Alors monsieur Leroy ! Depuis mercredi soir, toutes vos déclarations ne sont qu’un tissu de mensonges aberrant. Vous deviez bien vous douter que nous nous en apercevrions très vite.

Yorick Leroy, indifférent à l’attaque, planta son regard provocateur dans celui de Richard. Il lui répondit avec arrogance comme s’il voulait le braver en le prenant pour un imbécile.

—C’est vous qui le dites !

Justine s’assit calmement en face de lui et formula son opinion :

—Nous l’affirmons, monsieur Leroy ! Le médecin est bien venu lundi dernier pour examiner votre femme ! Elle avait une embolie pulmonaire et vous êtes sorti en même temps que lui pour vous rendre à la pharmacie de la Place Jean Bart !

—Oui, je suis allé lui chercher ses médicaments !

—Mercredi, vous n’êtes pas allé au Carrefour de Saint-Pol-sur-Mer, reprit le subtil Magnac, puisque vous avez demandé à votre ami David de faire les emplettes à votre place et vous avez même prétendu avoir un rendez-vous à la Banque Populaire du Nord, c’est exact ?

—Désolé, je ne vois pas ce que vous voulez dire. Et puis j’ai le droit de garder le silence ! Je ne suis pas bien et je veux consulter un médecin. Vous connaissez mon état monsieur le commissaire ! N’oubliez pas que je viens d’être hospitalisé...

Sa voix plaintive exacerba les nerfs de Richard. De nouveau, son poing s’écrasa sur la pile de dossiers qui encombrait son bureau.

—Cessez de jouer la comédie, gronda-t-il, cela ne prend pas avec moi ! Dites plutôt que l’embolie pulmonaire d’Éva vous arrange !

Richard se tut l’espace de quelques secondes, avala sa salive et dans un petit ricanement nerveux, sortit son accusation :

—Comment avez-vous pu vous gourer avec le dosage du cyanure ? Vous ? Si intelligent !

—Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat !

—D’accord Leroy, c’est votre droit et puisque vous voulez jouer à ce petit jeu, nous verrons bien qui est le plus fort!!! Martin, veuillez reconduire ce monsieur dans sa cellule, s’il vous plaît !

Richard, le coude droit posé sur le rebord du bureau, la tête appuyée dans la paume de sa main, se frotta le front avec les doigts, fidèle à sa tradition. Le voyant stressé, Justine entreprit de se passer une main dans les cheveux tout en lui souriant, afin de le décontracter un peu. Il posa les yeux sur elle et lui sourit bien qu’il n’en ait guère envie. Elle agissait sur lui comme un anxiolytique.

—Bon, déclara-t-elle, nous ne sommes pas plus avan....

Sa phrase fut interrompue par une tessiture de voix d’homme allant crescendo et provenant du couloir. Elle se transforma très vite en injures. Ils sortirent précipitamment du bureau et assistèrent à une rixe entre Yorick Leroy et David Vermeulen.

—Salopard, hurlait David, salopard, t’es qu’un salopard ! Le dernier des derniers, vraiment ! Et il lui asséna un uppercut bien placé.

—David, David, cria Yorick, laisse-moi t’expliquer...

Au second coup de poing, il s’écroula sur le sol, l’œil vacillant. David essuya le sang qui perlait à sa lèvre inférieure, conséquence d’une réplique assez gauche de Yorick avant de tomber.

—Quel gâchis ! Mon pauvre vieux quel gâchis ! Si j’avais su que tu trompais ta femme, Éva ne serait pas morte !

Deux brigadiers s’emparèrent de Yorick, prêt à reprendre la bagarre, quant à Justine, elle immobilisa le colosse tennisman sous l’œil ravi du commissaire. Pour son grand plaisir, la lieutenante Justine Devos était une « pro » de la pratique de l’art martial.

Richard se renseigna auprès de Levert pour connaître l’origine de l’incident. Il lui déclara qu’un brigadier avait conduit David Vermeulen aux toilettes et qu’au moment où il le ramenait vers sa cellule, il s’était retrouvé face à Yorick sortant du bureau avec l’inspecteur. Richard se frotta les mains de satisfaction. Il aimait l’action et cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas eu un cas comme celui-là. Tout échauffé il se tourna vers Justine :

—Bon, on souffle cinq minutes et on s’occupe de la ravissante Petra Keller !

* Jacqueline Tugghe : seconde épouse de Jean Bart et fille d’Ignace Tugghe, grand échevin de Dunkerque en 1689.

 

(à suivre  : le chapitre 19 sera publié demain vers 14 heures)

 

 

 

 

Les auteurs

 

A nous milord

Roger Constantin et Krystel à gauche.

A droite Clair Pirotton épouse de Roger ou de Christian, c'est selon...

L'improbable alliance de deux auteurs que rien ne réunissait au départ sauf cet incroyable challenge d'écrire un polar.

Roger Constantin vit au sud de Liège dans les Ardennes belges et son premier roman aborde le domaine sentimental aux dimensions fantastiques.

Krystel habite Dunkerque et écrit des romans historiques, passionnée par la vie de Louis XIV.

Ensemble, ils ont relevé le défi.

 

 

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