Jean bart

Roman: Meurtre à Dunkerque "Sous l'oeil de Jean Bart" Chapitre 20 & Epilogue (Roger Constantin & Krystel)

Photo d'illustration:  Jean Bart

 

 

Roger Constantin & Krystel

 

Meurtre à Dunkerque

"Sous l’œil de Jean Bart"

 

Résumé

Dunkerque, 27 août 2014, Place Jean Bart.

Yorick Leroy découvre son épouse Eva, morte dans la salle de bains, la veille de leur dixième anniversaire de mariage.

Accident ou suicide?

Persuadé qu'il s'agit d'un crime, le commissaire Magnac ouvre une enquête.  Les mensonges s'accumulent chez les antagonistes.  Yorick mène une double-vie avec Petra son ambitieuse maîtresse.  David son meilleur ami ment aussi.  

Et même la caissière du supermarché!

Mais qu'ont-ils de si important à cacher?

Et si Jean Bart avait tout vu depuis son piédestal?

 

Dunkerque 101

Dunkerque : Vue aérienne de Dunkerque vers la plage de Malo.

 

 

Cette oeuvre est une pure fiction.

Toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ou ayant existés ne serait que fortuite et involontaire.

 

 

Chapitre 20

En ce début de matinée du mardi 2 septembre, une femme d’une trentaine d’années se présenta au commissariat. Sobrement vêtue d’un tailleur noir et d’un chemisier blanc, les cheveux ébène coupés très courts et le regard dissimulé derrière des lunettes de soleil, elle demanda à rencontrer le commissaire Magnac. Elle avait, soi-disant, des révélations à faire concernant la mort d’Éva Lambert.

Elle fut immédiatement prise en charge par l’inspecteur Martin qui la conduisit jusqu’au bureau de son chef. Lorsqu’elle entra, Justine était en grande conversation avec lui. Elle se retourna et la dévisagea de la tête aux pieds. Elle ressentit, à ce moment-là, une impression bizarre de déjà-vu. Cette silhouette lui était familière, mais elle ne parvenait pas à se rappeler, où et quand, elle l’avait déjà croisée. Après lui avoir tendu la main en guise de bienvenue, le commissaire la pria de prendre place en face de lui.

—Qu’avez-vous de si important à nous révéler concernant la mort d’Éva Lambert, épouse Leroy ?

—Je viens dénoncer Yorick Leroy ! Avec la complicité de sa maîtresse, la veuve Petra Keller, il a bien tenté d’assassiner son épouse en voulant l’empoisonner.

La surprise de Richard se transforma très vite en perplexité.

—Mais comment pouvez-vous être aussi catégorique dans votre accusation, chère Madame ? Madame... heu... comment déjà ?

Justine n’attendit pas qu’elle se présente. Il lui semblait, dans son esprit, que la lumière se faisait sur l’identité de l’inconnue.

—Maintenant, j’y suis ! Vous êtes la femme qui était à la brasserie « Le Milord » vendredi soir. J’avais remarqué votre attitude ambiguë. Vous feigniez de lire un magazine sous vos lunettes de soleil, alors qu’en réalité, vous étiez en train d’épier Yorick Leroy et Petra Keller!

La jeune femme ôta ses lunettes. Justine, adossée contre le mur derrière Richard, fut stupéfaite en découvrant son visage. Richard non plus n’en croyait pas ses yeux.
Ce regard, il le connaissait !

—Ce n’est pas possible... non ce n’est pas possible !

—Et pourtant si commissaire ! C’est bien moi ! Avec une tête différente, je vous l’accorde !

Les deux gradés étaient éberlués. Justine se laissa choir sur une chaise, estomaquée.

—Pfff ! C’est... c’est incompréhensible ! Madame Leroy !!! Vous étiez morte !

Richard avait beau se gratter le front, mordiller son stylo, il restait pantois devant la situation. Son cœur battait très fort. Il comprenait, qu’avec cette surprenante nouveauté, le bout du tunnel approchait à grands pas.

—Non, ce n’est pas moi qui suis morte puisque je suis devant vous aujourd’hui pour crier justice ! C’est ma sœur jumelle Célia qui est morte. Ma malheureuse sœur Célia !

—Ah ! Vous aviez une sœur jumelle ?

—Oui, commissaire On lui avait découvert, début mai, une tumeur au cerveau, inopérable, avec un pronostic de survie de trois à quatre mois maximum. Vous me voyez vraiment désolée de n’apparaître que maintenant, mais j’attendais que mon mari... euh, pardon, mon ex-mari et sa pouffiasse se retrouvent entre vos mains. J’étais prête à les étrangler de mes propres mains !

Richard se ressaisit face à cette femme qu’il croyait sortie d’outre-tombe.

—Calmez-vous madame Lambert ! Maintenant que votre sœur Célia est entrée dans l’histoire, j’ai besoin d’un gros éclaircissement de votre part. Vous pourriez faire partie des suspects...

—... partie des suspects ?! Chevrota-t-elle, heurtée par de tels propos.

Des larmes commençaient à poindre aux coins de ses jolis yeux, des larmes d’outrage, de chagrin et de haine.

—Concernant les dernières volontés de ma sœur, j’ai une lettre qu’elle a déposée chez son notaire fin juillet, ainsi que le message vocal qu’elle m’a laissé juste avant sa mort...

Moment d’émotion. Richard et Justine restaient suspendus à ses lèvres dans l’attente de la suite. Un soubresaut dans sa poitrine la réduisit au silence quelques secondes puis elle reprit, entre deux sanglots :

—Vous savez commissaire, Célia était diplômée du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Elle me savait menacée et a voulu jouer son dernier rôle en se faisant passer pour moi.

Justine était tout aussi intriguée que son supérieur hiérarchique. Cette histoire les dépassait.

—Mais pourquoi ce rôle madame Lambert ?

Richard analysait chaque geste et chaque mimique de la jeune femme. Elle pouvait, malgré une peine apparente, être tout aussi diabolique que la fameuse Petra Keller.

—Parce que mon mari me trompait et que sa charogne de maîtresse voulait vider mon compte en banque pour créer sa société. Elle lui avait promis un enfant, garant de leur amour, et mon idiot de mari s’est fait berner. Elle l’a poussé à me tuer pour mon argent et cet imbécile n’y a vu que du feu !

—Comment étiez-vous au courant de la liaison entre votre conjoint et Petra Keller, madame Lambert ?

—Au départ, ce fut une simple odeur persistante de parfum dans la voiture... du « Chanel n°5 »... une senteur de cannelle tenace et récurrente qui m’a mise dans le doute ! Moi je porte toujours « Midnight Poison » de Christian Dior. J’ai contacté la société où travaillait mon mari en m’efforçant de ne pas passer par sa complice de secrétaire qui le couvrait vis-à-vis de moi, pour ses absences injustifiées. Je me suis adressée à la direction qui m’a avoué que Yorick était malade depuis deux mois environ. Nous étions au mois d’avril.

Yorick n’était pas très doué avec l’informatique et fort négligent parfois. En allant sur son PC, j’avais remarqué qu’il avait laissé sa messagerie active, avec son mot de passe visible. Cela m’a permis d’avoir pas mal de renseignements. Ce con n’a jamais eu l’idée d’en changer les codes d’accès, j’en ai profité !

—Et qu’avez-vous fait ensuite ? Questionna Richard.

—J’ai engagé un détective qui l’a pisté à Asnières et il m’a confirmé sa liaison avec la veuve Keller. Yorick voyageait très souvent avec elle et ils étaient en train de créer une société avec un apport financier très important, à part égale. Donc, comme je dispose d’un beau capital -l’héritage de mes parents- j’ai tout de suite deviné qu’ils voulaient me voler mon argent et que le seul moyen d’y arriver était de me faire disparaître.

Justine, plongée dans l’histoire et avide d’informations supplémentaires, commença à poser ses propres questions :

—Et quand votre sœur est-elle intervenue ?

—Au moment de ma séparation d’avec David Vermeulen! Je suppose que vous êtes informé de mon aventure sentimentale avec lui !

Là, grand moment d’introspection. Richard et Justine ne savaient comment lui dire qu’ils étaient avisés de la chose. Éva ravala ses pleurs. Ils se transformèrent en rogne.

—Et dire que le jour où il a appris ma mort, il a eu le culot de s’amouracher d’une nouvelle conquête. Finalement, ces belles paroles n’étaient que du vent !

—Euh... ! Oui, monsieur Vermeulen nous l’a avoué ! Balbutia Justine, un peu gênée d’être entrée ainsi dans l’intimité de gens inconnus, mais cela faisait partie de son boulot.

—Ma sœur est donc venue habiter chez moi au lendemain de cette rupture, le vendredi 25 juillet. C’est lors de cette journée qu’elle m’a fait prendre connaissance de son plan. Insistant bien sur le fait qu’elle me sentait en danger avec Yorick, elle me poussa à accepter sa proposition. Je suis donc allée m’installer chez elle, à Calais, mais juste quand Yorick était présent à l’appartement ou encore, le mercredi, quand David venait me rendre visite. Dans notre jeunesse, nous avions déjà joué à ce petit jeu en échangeant nos flirts. On bluffait nos mecs à chaque fois et nous en étions fières. Son astuce était de prendre ma place jusqu’à sa mort, dans l’attente que Yorick tente de la supprimer. Et le pire, monsieur le commissaire, c’est que nous avons eu raison !

Le fin limier de Magnac écoutait attentivement toutes les déclarations d’Éva Lambert, cherchant une faille. Mais rien. L’histoire tenait la route et la sincérité peignait les traits de la rescapée.

—Vous n’aviez pas peur que Yorick découvre votre mascarade ?

—Bien sûr ! J’avais la frousse que Yorick remarque le subterfuge, mais Célia était certaine qu’avec ses talents de comédienne, il ne se douterait de rien. C’est pour cela que ma sœur m’a inventé une dépression aiguë et subite. Avec les symptômes que la tumeur provoque: troubles du comportement, de la mémoire, des émotions, maux de tête, fatigue, somnolences, étourdissements et pertes d’équilibre, elle m’affirmait qu’elle ne pouvait pas rater son rôle.

—Qu’avez-vous à dire sur le jeune homme qui livrait les bouquins et l’alcool ?

—Serge Bocquet ? Je ne l’ai jamais vu ! Il apportait le journal et les bouteilles. Cela permettait de faire croire que je m’étais réfugiée dans l’alcoolisme. Un garçon bien qui ne posait jamais de question, bien content de recevoir un peu de fric. Il restait de temps en temps avec Célia dans l’appartement pour discuter des choses de la vie, de sa vie surtout, misérable. Quand j’étais là, j’étais très discrète, en évitant de tomber sur les voisins et en me cachant dans la chambre ou dans la salle de bains si quelqu’un arrivait à l’improviste. Voilà aussi pourquoi j’ai changé de coiffure le 25 juillet !

Éva raconta ensuite qu’entre sœurs, elles se servaient parfois un verre, mais que le reste de l’alcool valsait dans l’évier. Elles s’arrangeaient toujours pour garder une ou deux bouteilles pleines, ainsi que le flacon d’Armagnac entamé, millésimé 1958, année de naissance de leur père. Elle souligna qu’alors qu’il la croyait endormie dans le sofa, Célia avait vu Yorick verser du poison dans les deux bouteilles de vodka le week- end précédant sa mort et avait liquidé le fond d’une fiole dans la bouteille d’Armagnac.

—Toute votre histoire est bien intéressante madame Lambert, s’écria Richard, mais sans preuves concrètes, nous ne pouvons pas accuser votre mari de tentative de meurtre !

—La preuve, je l’ai commissaire ! 

Éva se pencha vers le sac qu’elle avait déposé près de son siège, à même le sol, et en extirpa deux bouteilles de Vodka.

—Vous nous offrez l’apéro ? Plaisanta Richard, tout aimable.

—Si vous voulez mourir aujourd’hui, oui ! Voici les deux bouteilles de Vodka contenant le cyanure monsieur le commissaire. Lorsque Yorick est parti, lundi dernier, soi-disant à Paris, j’ai récupéré les bouteilles et je vous jure que lorsqu’il est revenu mercredi vers 15 heures, ma sœur m’a affirmé qu’il était devenu blanc comme la mort en la voyant toujours vivante. D'autant plus qu’il n’y avait que des bouteilles vides, à part le fameux Armagnac de mon père. Pour pousser le bouchon encore plus loin, elle a eu le courage de lui proposer un verre d’Armagnac, qu’il a naturellement refusé. Et pour lui prouver qu’elle n’avait pas peur, elle a bu plusieurs verres, coup sur coup, représentant la moitié de la bouteille.

—Astucieux... très astucieux, madame Leroy la complimenta Justine.

Richard en déduisit tout de suite :

—Ce qui confirme le taux élevé d’alcool dans le sang et la présence d’un faible taux de cyanure ! Je suppose que...

Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase qu’Éva reprenait son récit palpitant.

—Depuis lundi, ma sœur savait qu’elle vivait ses dernières heures. Mon médecin traitant me l’avait confirmée après sa visite. Par pitié devant la souffrance que ma sœur subissait et en croyant que c’était moi, Yorick avait finalement appelé le docteur qui était de connivence avec nous. Celui-ci a diagnostiqué une embolie pulmonaire bien réelle, sans avouer que la tumeur faisait ses derniers ravages. En réalité, il ne lui a pas fait de piqûre d’héparine, mais de morphine, pour la soulager. Je lui ai fait plusieurs de ces piqûres dans le bras les derniers jours.

—N’auriez-vous pas laissé traîner une seringue dans l’appartement par hasard ? Demanda Justine.

—Si! Celle que j’ai utilisée mercredi. Je l’avais déposée sur la table de la cuisine et j’ai oublié de la reprendre.

—Voilà ce qui explique la présence de la seringue avec les deux flacons ! En conclut Richard en s’adressant à sa collègue.

—Hum... Tu as raison Richard, répondit Justine, sans doute que dans la précipitation, juste avant notre arrivée, Yorick a pris peur en la trouvant et l’a planquée avec les fioles de cyanure.

Richard n’en revenait pas du cynisme de l’histoire et se demandait comment un homme pouvait regarder sa propre épouse boire le poison qu’il lui avait destiné.

—Et qu’a fait Yorick pendant qu’elle avalait le breuvage mortel ?

—Il la regardait en souriant. Voici d’ailleurs le dernier message qu’elle m’a laissé sur la boîte vocale de mon portable. Il était 16h50... écoutez commissaire :

« Ma chère Éva, je t’aime. Pour moi c’est fini. Est-ce la tumeur qui m’emporte ou le cyanure dans l’Armagnac de papa ? Je n’en sais rien. Mais là je sens que je vais tomber ! Quand Yorick est rentré, il était sidéré de me voir encore en vie. Je savais pourquoi alors je lui ai proposé un verre d’Armagnac... Il n’en a pas voulu, et pour cause ! Il m’a regardé boire sans sourciller, avec un sourire sadique puis ne me voyant pas m’écrouler, il est parti dans son bureau, sûrement pour attendre ma fin. Je suis là, à te laisser ce message, depuis la salle de bains en... espérant qu’il ne m’entende pas. Je... je crois que je vais m’écrouler. C’est fini Éva... je vais te quitter mais avant, je veux encore respirer une dernière fois ton parfum Dior que j’aime tant, pour sentir ton odeur et avoir l’impression que tu es là, auprès de moi. Je range mon téléphone où tu sais. Adieu ma chérie... ma sœur adorée... prends bien soin de toi et prends garde à toi ! Je t’aime...».

Tout commissaire et toute lieutenante qu’ils étaient, Richard et Justine étaient émus à l’écoute des paroles d’une personne vivant ces derniers instants. Un scintillement dans les yeux de Justine montrait qu’elle était au bord des larmes. Richard, quant à lui, était devenu aussi muet qu’une carpe. En entendant pour la énième fois ce message, Éva s’était effondrée en pleurs sur sa chaise. La lieutenante Devos prit sur elle-même pour continuer l’interrogatoire.

—Comment se fait-il que nous n’ayons pas retrouvé son téléphone ? C’est dingue ça !

—Il est dans ma trousse à maquillage dans le tiroir du meuble à côté du lavabo madame la lieutenante ! Célia m’avait dit qu’elle le cacherait là pour que Yorick ne le découvre pas.

—Quelle merveilleuse présence d’esprit pour une personne mourante comme votre sœur, applaudit Justine !

Toujours les neurones en exergue et malgré de fortes émotions, Richard cherchait encore la petite bête. Comme à son habitude, il se frotta le front et lâcha la question qui le turlupinait :

—Il y a un truc que je ne comprends pas. Comment se fait-il que le légiste n’a pas remarqué sa tumeur au cerveau ?

—À cause de moi commissaire ! Réagit Éva, j’ai fait des études de médecine que j’ai abandonnées à mon mariage et j’ai eu l’occasion de faire un stage avec Robert Dubois. Je lui ai demandé d’attendre un peu pour vous divulguer certaines informations, de peur que l’enquête ne soit bouclée pour mort naturelle.

—Pourtant, nous avions une preuve avec les bouteilles contenant le cyanure !

— Mais Yorick se serait senti en danger en apprenant que j’étais en vie. Il aurait pris la fuite avec sa rousse commissaire !

—Très juste, la défendit Justine, le fait que le médecin ait décelé une embolie pulmonaire, il ne se sentait plus menacé.

Justine se leva et dirigea son regard vers celui de son chef. Toujours connectés par la pensée en ce qui concernait les enquêtes, ils n’avaient pas besoin d’échanger de paroles pour se comprendre. Richard n’eut qu’à faire un signe de la tête pour qu’elle agisse. Elle sortit du bureau pour demander aux deux brigadiers de chercher Yorick Leroy et Petra Keller.

Le moment de la confrontation était arrivé. Le commissaire, conscient que cette épreuve indispensable risquait d’être pénible pour Éva, l’a pria de se lever et de se poster en retrait, près de la porte. Il craignait quelques représailles. Dès que les deux appréhendés pénétrèrent dans la pièce, leurs regards se rivèrent immédiatement sur les deux bouteilles de Vodka. Ils n’avaient pas encore décelé la présence d’Éva, blottie contre le mur du fond. Justine prit deux verres dans le placard de service et les posa sur le bureau, près des bouteilles.

—Puis-je vous offrir un verre de vodka monsieur Leroy, madame Keller ? C’est vraiment de bon cœur, assura Richard sur un ton sarcastique.

—Non... non ... je n’ai... pas..., marmonna Yorick entre ses dents.

—Vous n’avez pas soif ou pas envie d’être empoisonné au cyanure, monsieur Leroy ?

Un silence coupable se fit le maître des lieux. Justine ne laissa pas refroidir le réquisitoire et se réjouissait intérieurement de les savoir piégés. Elle sévit d’une voix ferme :

—VOUS ne voulez pas boire l’apéro avec NOUS, car VOUS tremblez d’être empoisonné par LE POISON que VOUS avez versé dans les bouteilles ! Un poison mortel que votre charmante maîtresse, Petra Keller, vous a procuré pour tuer votre femme ! Avouez !!!

Et tandis que le poing vengeur de Justine s’abattait sur le bureau, faisant vaciller les récipients, une petite voix se fit entendre derrière eux, presque inaudible.

—Désolée mon chéri...
Yorick se retourna et son visage devint blême.

—Éva !!! Toi ici !!! Mais c’est... impossible !!!

—Comme tu me le répétais souvent mon chéri, « RIEN N’EST IMPOSSIBLE ! », et je te prouve que tu avais raison. Tu avais oublié ma sœur Célia. Tu n’as même pas remarqué que ce n’était pas moi...

—Éva ! Crois-moi mon amour, je ne voulais pas te tuer ! C’est Petra ! Tout est à cause d’elle !!!

Le grand commissaire Magnac se mit debout, se plastronna, caressa sa cravate et annonça froidement :

—Vous êtes en état d’arrestation monsieur Leroy ! Nous allons vous déférer au parquet et là je pense sincèrement que vous avez vraiment besoin des services de votre avocat ! Quant à vous madame Keller, nous n’avons aucune preuve de votre complicité même si nous sommes persuadés que vous êtes l’instigatrice de ce drame. Une question : qu’auriez-vous fait de Yorick Leroy après lui avoir subtilisé son pognon ? Hein ?

—Je ne voudrais pas être à votre place madame Keller, poursuivit Justine pleine de dégoût, autant votre beauté extérieure est éblouissante, autant votre beauté intérieure est noire et pourrie.

Deux brigadiers emmenèrent Yorick Leroy et Petra Keller vers leur cellule. La belle alsacienne serait relâchée un peu plus tard.

Au moment où Éva sortit du bureau du commissaire, elle croisa David Vermeulen qui venait juste d’être libéré de sa garde à vue.

—Éva, c’est bien toi ? Ce n’est pas possible, je rêve !

David était complètement ahuri par cette apparition fantomatique.

—Non, lui cracha-t-elle à la face, les lèvres déformées par la haine, je m’appelle Célia ! Célia avec un grand C.

—Célia ??? Mais...

—Pauvre con ! Sors de ma vie et définitivement !

Richard, qui avait observé la scène, se retourna en se disant que l’affaire était enfin classée. Il n’était pas mécontent des fruits de son labeur. Il eut une pensée de gratitude pour sa coéquipière la lieutenante Devos. Que ferait-il sans elle ? Que ferait-il sans sa Justine ? Sa Juju ?

Tiens ! Elle l’attendait, tout sourire. Dès qu’il referma la porte de son bureau, elle s’avança vers lui. Le regard qu’elle lui porta à ce moment-là n’était pas un regard de gratitude, mais d’amour. Il sentit les battements de son cœur s’accélérer, son flux sanguin lui monter violemment jusqu’aux oreilles. Elle s’avança encore et encore et encore, jusqu’au contact de leurs corps. Les lèvres de Justine, ouvertes, consentantes, effleurèrent les siennes, prêtes à cueillir un doux baiser qu’il n’osa pas lui accorder.

« Mais quand vas-tu te décider commissaire Magnac ?, se lamenta-t-elle intérieurement, n’osant prononcer un mot, restant dans l’attente d’un premier échange sensuel.

« Es-tu aveugle à ce point ? ».

Et Richard se souvint de la phrase de son frère Bruno :

«Bon sang, qu’elle est belle et craquante. Fonce ! Cette fille te dévore des yeux Richard !».

Épilogue


Quelques semaines plus tard

Richard Magnac était bien pensif. Isolé dans son bureau, il rangeait la pile de dossiers qu’il venait de compulser en ce vendredi après-midi, avant de quitter le boulot. Le vague à l’âme l’avait envahi depuis plusieurs jours, ce qui provoquait un certain malaise au sein du commissariat.

Depuis lundi, ses collègues avaient bien de la peine à le voir plonger toute la journée dans la paperasserie. Cela le rendait ronchon. Il grognait comme un ours pour un oui ou pour un non. Une attitude qui ne collait pas du tout avec sa bouille joviale habituelle.

L’inspecteur Martin frappa à sa porte. Il le pria d’entrer. Et sans vouloir amplifier sa mélancolie, il aborda le sujet qui le tourmentait :

—Avez-vous des nouvelles de Justine commissaire ?

—Non pas vraiment... même pas une carte postale, même pas un petit coup de fil. Il y en a qui ont de la chance inspecteur ! Se faire dorer au soleil, au bord de la piscine, en sirotant un cocktail à la Costa Blanca ! C’est vachement plus passionnant que de croupir sur une chaise à remplir des putains dossiers de merde !

—Elle rentre lundi après-midi ! Non ? Encore un petit week-end et vous la reverrez votre lieutenante !

—Mais je ne trouve pas le temps long en attendant le retour de la lieutenante Devos, mon cher Martin! Qu’insinuez-vous ?

—Ah, mais commissaire, je ne me permettrais pas d’insinuer quoi que ce soit ! Seulement, tout le monde ici a remarqué que vous étiez d’une humeur exécrable depuis qu’elle est partie ! J’ai l’impression que vous ne vous en rendez même pas compte.

—Mon cher Martin, vous avez raison! Elle me manque, mais elle a bien mérité ses congés. J’ai beaucoup d’admiration pour Justine et je la considère comme ma propre fille.

—Dites plutôt que vous êtes amoureux d’elle commissaire et ne me dites pas le contraire ! Vos yeux vous trahissent. Vous ne savez décidément pas mentir.

—En tout cas, je suis très heureux qu’en partant, elle ait pensé à moi pour aller la rechercher à l’aéroport d’Ostende, lundi vers midi.

Conciliant et apitoyé, l’inspecteur Martin lui tendit une main chaleureuse et lui souhaita de passer, néanmoins, un bon week-end. Pour Richard, ces deux jours de repos seraient reposants et casaniers. Il squatterait son divan de célibataire en plongeant dans la télévision ou dans un bon roman. Comme d’habitude.

Juste au moment où il se leva pour prendre son duffle-coat suspendu au portemanteau près de la porte d’entrée, la sonnerie du téléphone retentit.

—Allo ? Ici le commissaire Magnac, j’écoute !

—Oufti! Mon chtimi Richard, s’écria un homme, tomber directement sur toi, c’est ce qui s’appelle avoir du bol !

—Fichtre, Albert depuis le temps ! Tu t’ennuies dans ton commissariat de Liège pour penser tout d’un coup à moi ?

Le timbre guttural de la voix d’Albert Leblanc, commissaire de la police judiciaire de Liège, réjouit les tympans de Richard et lui réchauffa le cœur.

—Non, non, y’a du boulot mais mon voisin, Roger Constantin, qui t’a rencontré par hasard fin août à Dunkerque, m’a dit que je te manquais cruellement !

—Oui, je me souviens de lui ! Ce fut une rencontre mémorable et renversante, hi, hi, hi !

Richard éclata de rire au souvenir de la scène qui s’était produite Place Jean Bart. Albert, contaminé par le rire communicatif de son ami, se mit à rire aussi.

—Il m’a raconté votre culbutant tête-à-tête inattendu et m’a même précisé que ça s’est passé sous l’œil de Jean Bart !

—Eh, oui ! Et il n’y a pas que notre rencontre qui s’est passée sous l’œil impitoyable de Jean Bart, un crime aussi ! Quand on se verra, je t’expliquerai toute l’histoire devant un bon verre de vin !

—Ah, ah, ah, mon vieux maniaque, tu n’es qu’un vieux pirate ! Mais trêve de plaisanteries je t’appelle car je voudrais des renseignements sur un type de Dunkerque qui habite justement Place Jean Bart.

—T’as des ch’tis qui foutent le bordel à Liège ?

—Non, j’ai besoin d’informations sur un certain Yorick Leroy. On l’a retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, près du Palais des Congrès.

FIN

© Roger Constantin & Krystel

 


 

Les auteurs

 

A nous milord

Roger Constantin et Krystel à gauche.

A droite Clair Pirotton épouse de Roger ou de Christian, c'est selon...

L'improbable alliance de deux auteurs que rien ne réunissait au départ sauf cet incroyable challenge d'écrire un polar.

Roger Constantin vit au sud de Liège dans les Ardennes belges et son premier roman aborde le domaine sentimental aux dimensions fantastiques.

Krystel habite Dunkerque et écrit des romans historiques, passionnée par la vie de Louis XIV.

Ensemble, ils ont relevé le défi.

 

 

Sous l'Oeil de Jean Bart

Voilà c'est la fin de l'aventure pour Richard Magnac, sa charmante collègue Justine Devos et tous les autres personnages !

Nous avons eu beaucoup de plaisir à les faire vivre à travers ce roman, fruit de notre imagination, et ce n'est pas sans une petite pointe de regret que nous avons dû les quitter quand la dernière page s'est profilée.

Afficher le mot "Fin" au bout de l'histoire reste et restera toujours un moment émouvant pour l'auteur (ou les auteurs dans ce cas-ci).

Nous espérons qu'il en a été de même pour les lecteurs...

Roger Constantin & Krystel

 

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